ven. Déc 3rd, 2021

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RDC/COVID-19 : La pandémie a un impact “extrêmement” négatif sur les entreprises, relève le patronat

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La pandémie de Covid-19 donne vraiment du fil à retordre aux entrepreneurs de la RDC. Malgré les différentes mesures prises par le gouvernement, en concertation avec la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), les entreprises congolaises continuent à subir les affres de cette pandémie qui a eu raison des principaux circuits d’approvisionnement.

Une enquête réalisée par le patronat congolais, en collaboration avec le Fond pour l’inclusion financière (FPM), révèle que 76% des entreprises sont confrontées à des perturbations sérieuses au niveau de la chaîne d’approvisionnement. Tandis que la plupart des grandes entreprises ont trouvé les moyens de s’adapter aux défis imposés par la pandémie, 60% des petites et moyennes entreprises (PME) sont vraiment touchées par ces perturbations, indique l’étude.

A ce sujet, les restrictions imposées par le gouvernement  sur la circulation des personnes à travers les frontières et à l’intérieur du pays (en particulier les restrictions d’accès à Dubaï et en Ouganda) ont été particulièrement épinglées parmi les causes profondes.

Une situation plus préoccupante que lors de la première vague….

Dans le cadre de cette étude, 40% des entreprises considèrent que les impacts subies au cours de cette troisième vague sont plus importants que ceux de la première vague. Le principal facteur mis en exergue par les chefs d’entreprises est la réduction sensible des ventes et des chiffres d’affaires. C’est ainsi que 71% des entreprises ont signalé une baisse importante de leurs revenus en juillet 2021 par rapport à la même période en 2020. Cette baisse a touché particulièrement les petites entreprises. A ce sujet, 78% de petites entreprises ont signalé une baisse sensible de leurs revenus en juillet 2021 contre 57% de grandes entreprises.

La récession a été ressentie le plus durement dans les secteurs non miniers tels que l’agriculture, principalement en raison de l’indisponibilité des intrants agricoles, et dans le secteur des services, dû aux perturbations commerciales et des chaînes d’approvisionnement.

Il faut noter aussi que les restrictions imposées pour freiner la propagation de la troisième vague de la Covid-19, ont également été présentées par plus de la moitié des chefs d’entreprise comme un facteur crucial ayant entravé la croissance et entrainé la baisse des revenus.

Des répercussions préoccupantes sur l’emploi….

L’étude de la FEC relève également que la pandémie de Covid-19 a fait beaucoup de dégâts dans le secteur de l’emploi. Plus de deux tiers des entreprises en RDC déclarent avoir actuellement moins d’employés qu’avant le début de la pandémie. Ceci est particulièrement vrai pour les PME. Près de 70 % de PME déclarent ne pas être en mesure de continuer à employer et à payer des travailleurs au même rythme qu’avant la pandémie, contre seulement un tiers des grandes entreprises.

Pendant ce temps, le marché du travail présente peu de signes de reprises à court et moyen termes. Quatre entreprises sur cinq déclarent n’avoir aucune intention d’embaucher de nouveaux employés dans l’avenir. Dans les régions du Kivu, toutes les entreprises interrogées ont fait état d’une absence de projet d’embauche.

(…) Ces pertes d’emplois durables aggravent l’instabilité préexistante dans la région en raison du récent déplacement de milliers de personnes après l’éruption du volcan Nyiragongo en mai 2021 et de la présence des Forces démocratiques alliées (ADF), une insurrection affiliée à l’État islamique depuis les années 1990″.

Cette enquête souligne ainsi les implications de la pandémie pour les entreprises du secteur formel. Mais dans l’économie informelle – qui emploie une majorité de travailleurs en RDC – la situation est beaucoup plus précaire.

Par contre, le secteur minier a enregistré une croissance modeste en 2020 et devrait continuer de croître en 2021-2022, en raison de la reprise de la demande mondiale et de l’adoption par les mineurs d’un dispositif de quarantaine sur site pour poursuivre leur production.

De nouveaux modes de travail…

Au-delà d’une forte contraction du marché du travail, les entreprises doivent s’adapter à de nouveaux modes de travail. Les conséquences du confinement sont toujours présentes avec près de 80% des entreprises qui continuent à observer des mesures de lutte contre la Covid-19.

C’est ainsi que près de la moitié des entreprises ont déclaré être en train de reconcevoir leurs milieux de travail, ainsi que de changer les habitudes de fréquentation des employés avec 41% travaillant en rotations et 21% continuant à travailler à domicile.

Il faut dire que les personnes à faibles revenus ont été particulièrement touchées par cette pandémie du fait de la précarité structurelle dans laquelle ils vivent. Les différents dispositifs mis en place pour limiter la propagation du virus, notamment : la fermeture de certains commerces et de frontières, la fermeture du marché central de Kinshasa, le plus grand centre d’échanges commerciaux de la ville, ont eu un impact négatif considérable sur les populations vulnérables qui vivent généralement des petits commerces. Les déconfinements puis reconfinements consécutifs aux différentes vagues d’infection n’ont pas aidé à un retour normal des activités.

Un soutien accru du Gouvernement reste essentiel sortir de la crise…

Dans le cadre de cette étude, l’accès aux subventions et aides gouvernementales a été beaucoup cité principal moteur de croissance. En tout cas,  un bon quart des chefs d’entreprise l’ont fait savoir.

(…) “Un soutien accru du Gouvernement sera essentiel pour paver la sortie de la pandémie pour les entreprises et l’atténuation de ses impacts à long terme sur l’emploi et la croissance économique“.

A défaut d’un apport en cash, le Gouvernement peut activer d’autres leviers pour faciliter la tâche aux entreprises en difficultés notamment le levier fiscal et l’assouplissement de certaines mesures qui viseront à desserrer l’étau qui se referme sur ces entreprises et qui pourront leur donner un peu de répit pour se reconstituer. Il faudra aussi cibler les mesures restrictives sanitaires pour n’appliquer que celles qui ont une vraie incidence sur la réduction des infections mais pas simplement reproduire ce que font les autres pays.

Il est à noter que les mesures incitatives prises au début de la pandémie (notamment la suspension de la TVA sur certains produits de première nécessité et d’autres taxes sur les médicaments entre avril et juillet 2020) ont été de courte durée et aucune nouvelle mesure d’allégement n’a été annoncée depuis avril 2020.

Il faut relever qu’entre temps le FMI a approuvé un accord au titre de la FEC de 1.066 millions de DTS (environ 1,52 milliard de dollars EU) pour la RDC. Cette manne financière de trois ans soutiendra un programme de réformes structurelles ambitieux visant à promouvoir une croissance économique durable.

La restructuration des crédits parmi les pistes de solution…

Actuellement, seul un tiers des entreprises en RDC ont déclaré avoir un crédit en cours, bien que les deux autres tiers soient clients d’une institution financière. Cette situation qui date d’avant la crise pandémique traduit la configuration structurelle du paysage financier de la RDC où les épargnants sont largement supérieurs aux emprunteurs.

Parmi les raisons qui justifient cette disparité, l’on pourrait noter entre autre : les conditions d’accès aux crédits qui sont parfois contraignantes en terme des garanties, de taux d’intérêt élevé, le montant accordé ou la maturité de crédit qui ne correspondent pas toujours aux besoins réels des entreprises. A ceci pourrait s’ajouter une dimension culturelle dans certaines contrées où les entrepreneurs préfèrent plus épargner qu’emprunter.

Pour un écosystème de paiement numérique durable et inclusif…

Le taux d’usage du mobile money est un excellent indicateur de l’évolution des solutions numériques en RDC. Dans un système financier où l’on trouve environ une agence bancaire physique pour plus de 100.000 personnes, les solutions numériques sont désormais privilégiées pour accroître l’accès aux services financiers.

A ce jour, il existe entre 25 et 30 millions de comptes de mobile money contre 7 millions de comptes bancaires traditionnels. Le nombre de comptes de mobile money est donc le triple de celui de comptes classiques. Toutefois, il est important de noter que seuls 30 à 35% de ces comptes sont actifs, mais cela représente tout de même 10 à 12 millions de comptes actifs, soit deux fois plus que dans le secteur financier traditionnel. La crise sanitaire a eu comme résultat de réduire l’afflux de clients dans les agences traditionnelles pour respecter les gestes barrière et ceci a eu naturellement comme résultat un accroissement sensible d’utilisation de canaux alternatifs dont le mobile money.

Le FPM ASBL est très impliqué dans la problématique de l’accès aux services financiers numériques. (…) “Ce domaine constitue un de nos principaux domaines d’interventions stratégiques qui consiste à accélérer la transition numérique dans le secteur financier en vue d’élargir la gamme des produits (et services) pour ainsi mieux servir la clientèle cible de façon efficiente”.

Un des objectifs de ce groupe est l’émergence d’un écosystème de paiement numérique durable et inclusif au sein du système de paiement national en RDC en facilitant l’intégration et l’interopérabilité numérique entre les différents acteurs.

Par ailleurs, en soutenant techniquement le secteur financier pour l’adoption de bonnes pratiques, le FPM ASBL, échange et collabore régulièrement avec la Banque centrale du Congo pour accélérer le développement de l’inclusion financière ainsi que le développement des services financiers numériques dans le pays.

Léon Mukoko