dim. Jan 24th, 2021

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Il parait qu’il faut éviter de se faire opérer le jour de l’anniversaire du chirurgien…

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On ne choisit pas toujours la date d’une opération chirurgicale. Si cela était possible, connaître la date d’anniversaire du chirurgien devant nous faire passer sur le billard, nous éviterions probablement ce jour-là, à la lecture de cette étude parue dans le British Medical Journal (BMJ).

Dans cette étude, les chercheurs ont analysé 980.876 opérations menées aux États-Unis, entre 2011 et 2014, par 47.489 chirurgiens. Parmi ces interventions, 2.064 (0,2 %) se sont déroulées le jour de l’anniversaire de ces derniers. Les chercheurs ont constaté un taux de mortalité à 30 jours 23 % plus élevé dans ces cas-là (6,9 % contre 5,6 % pour les autres jours), un chiffre jugé significatif par les auteurs.

Plusieurs explications à cela…

Les auteurs avancent plusieurs explications possibles. Les chirurgiens auraient, par exemple, la tentation d’accélérer un peu les procédures, histoire de se libérer plus tôt pour goûter leur gâteau d’anniversaire. Peut-être sont-ils distraits durant l’opération par des conversations portant sur leurs cadeaux ou leurs projets du jour ? Ou par des textos sur leur téléphone (en supposant qu’ils aient oublié de l’éteindre) conduisant à des erreurs médicales ou un défaut d’attention ? Enfin, il est aussi possible que les chirurgiens, en partance pour leur fête d’anniversaire, ne retournent pas voir leur patient après l’opération, risquant ainsi de manquer d’éventuelles complications post-opératoires.

Une étude observationnelle…

Il s’agit bien entendu d’une étude observationnelle, ce qui signifie qu’aucun lien de cause à effet ne peut être formellement établi. Les chercheurs se sont toutefois prémunis contre un certain nombre de biais. Ils se sont par exemple concentrés sur des patients ayant subi une opération d’urgence (fracture du fémur, appendicectomie, chirurgie cardiovasculaire…) afin d’éviter un bais de sélection (lorsque le chirurgien peut choisir lui-même ses patients ou la date de l’opération). Ils ont également écarté les patients trop gravement atteints et présentant un risque de mortalité élevé, et ont rectifié les chiffres en fonction des jours de la semaine (considérant par exemple que le vendredi est plus enclin à être un jour festif).

Éviter de tomber malade durant les weekends et les vacances…

De nombreuses études suggèrent que des facteurs extérieurs influencent les performances des chirurgiens. Une étude de 2014 montre par exemple que le taux de mortalité à 30 jours des patients admis à l’hôpital pendant les vacances est 27 % plus élevé que pour les périodes ordinaires. Une autre étude de 2001 indique que les patients ont plus de risques de décéder à l’hôpital lorsqu’ils sont admis le weekend.

D’autres chercheurs ont conclu que les médecins ont tendance à prescrire davantage d’antibiotiques et d’opioïdes en fin de journée — un biais cognitif bien connu dû à la fatigue du cerveau qui fait, par exemple, que les juges ont moins tendance à accorder un aménagement de peine en fin d’audience. Une méta-étude de 2016 confirme, de son côté, que les erreurs médicales sont largement causées par les biais cognitifs des chirurgiens, comme la surconfiance en soi, l’aversion au risque ou l’effet d’ancrage — lorsque nous avons tendance à privilégier une première impression sans capacité à la remettre en cause.

Entre temps, les robots chirurgiens sont annoncés pour bientôt. Eux au moins n’ont pas de date d’anniversaire,. Ils opèrent à Noël comme durant les jours fériés et ne reçoivent pas de textos de félicitations remplis d’emojis.

Léon Mukoko