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En dépit de ses 70 millions d’années d’existence, l’anguille est menacée par l’activité humaine

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La famille des anguilles existe depuis 70 millions d’an Elle a même survécu aux dinosaure. Longtemps abondante dans le monde entier, l’anguille est aujourd’hui menacée de disparition. La piste de l’activité humaine est la plus plausible, avertissent scientifiques et organisations environnementales. Ceux-ci vont même jusqu’à dire qu’elle est la plus menacée des espèces de poisson.

“Dans les années 1960, l’anguille était dans tous les cours d’eau, et les estuaires“, rapporte Eric Feunteun, professeur en écologie marine du Muséum national d’histoire naturelle français. “En quelques décennies, on est passé d’un statut où on pensait que l’anguille était nuisible à un statut où l’on craint pour l’avenir de l’espèce“, explique Eric Feunteun.

En effet, son apparence serpentiforme lui a longtemps donné une mauvaise réputation. Parfois accusée à tort de manger les autres poissons, l’anguille a même été classée comme nuisible jusqu’à il y a peu.

La pollution, principale cause de la menace

On a accusé la pêche professionnelle d’être à l’origine de ce déclin, mais c’est une erreur à la fois scientifique et politique. On sait que la pollution a des effets bien supérieurs à la pêche sur le stock : les pesticides issus des activités humaines, les médicaments, les plastifiants, les métaux, responsables d’une perte de taille” et donc de fertilité des anguilles femelles.

En plus, “On a détruit l’habitat de l’anguille, c’est ça qui l’a vraiment tuée“, enrage Andrew Kerr, président de l’organisation Sustainable Eel Group. La planète a perdu plusieurs de ses zones humides en moins d’un siècle, et compte plus d’un million d’obstacles en tout genre (barrages, écluses,…) perturbant les migrations et décimant les populations d’anguilles.

Le professeur Feunteun évoque aussi “les courants marins (qui) changent avec le réchauffement climatique notamment. Le Gulf Stream va un peu moins vite et plus loin vers le nord, du coup le trajet des larves est plus long et la mortalité augmente“.

Solution: il faut restaurer les zones humides

A ce niveau, divers moyens méritent d’être mis en place, notamment des programmes de restauration de l’habitat dans les cours d’eau, de repeuplement, des adaptations des barrages ou des systèmes améliorant la traçabilité de l’anguille. Une approche mondiale est nécessaire pour sauver l’anguille car toutes les espèces souffrent des mêmes maux”, recommande le président de l’organisation Sustainable Eel Group.

Il faut raccorder les zones humides aux cours d’eau. On a encore des zones humides, poursuivent les spécialistes, mais elles sont parfois déconnectées des fleuves. Les anguilles n’y ont pas accès. Il y a un travail à faire là-dessus. Il faut permettre aux anguilles d’accéder à ces zones humides, pour qu’elles puissent grandir le plus favorablement possible”.

L’anguille, une espèce très performante

C’est une famille qui existe depuis 70 millions d’années, qui a survécu aux dinosaures, et qui paradoxalement s’est très peu diversifiée“, souligne Eric Feunteun. Il n’existe en effet que 19 espèces et sous-espèces d’anguilles. Si l’anguille a peu évolué c’est parce qu’elle est très performante : elle naît dans des zones où d’autres poissons ne peuvent pas se développer car leurs larves n’y trouvent pas à manger, note le scientifique. Mais la survie de l’espèce est aujourd’hui mise à mal par les pressions humaines.

Les scientifiques disent cependant garder espoir, “car c’est une espèce qui a montré au cours des crises climatiques passées qu’elle a su repartir à partir de très peu d’individus“. Continuons à conjuguer les efforts, nous aurons encore de l’anguille sous roche.

Léon Mukoko