lun. Jan 17th, 2022

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Les zones humides disparaissent trois fois plus vite que les forêts

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Asséchées, artificialisées, polluées, les zones humides sont fortement menacées et  dégradées partout dans le monde. Pourtant, elles constituent un allié indispensable dans la lutte contre le réchauffement climatique. Dans leurs dernières statistiques, les Nations unies estiment que 35 % des zones humides ont disparu depuis 1970 alors qu’elles présentent de nombreux bénéfices, souvent méconnus, comme l’atténuation des catastrophes, la séquestration du carbone et la santé humaine.

La Convention sur les zones humides (ou Convention de Ramsar) vient de publier son nouveau rapport sur les “nouvelles Perspectives mondiales des zones humides : Édition spéciale 2021”. Dans ce rapport, il ressort que les zones humides sont les écosystèmes les plus menacés de la Planète. Même si tous les regards ont tendance à être tournés seulement sur la forêt amazonienne et sur les glaciers de l’Antarctique, “les marais, tourbières, prairies humides, lagunes, mangroves et autres points d’eau disparaissent actuellement à un rythme trois fois plus rapide que les forêts, indique ce rapport qui relève que 36 % des espèces dépendant des zones humides sont menacées au plan mondial.

Pourtant méconnu, le rôle des zones humides est capital dans le fonctionnement de la Terre : réservoir de biodiversité, mais aussi atténuation des catastrophes, santé humaine, et puits de carbone. Les zones humides représentent une superficie mondiale de 1,2 milliard d’hectares. Mais en seulement 50 ans, elles ont déjà perdu un tiers de leur surface totale.

L’activité humaine responsable de la dégradation des zones humides…

Depuis 1970, les changements dans l’utilisation des terres sont la principale cause de dégradation et d’appauvrissement de la biodiversité des zones humides intérieures. Les travaux de recherche montrent que le rendement agricole a entraîné la dégradation de plus de la moitié des zones humides d’importance internationale, notamment par la pollution ou l’asséchement. La planète devrait compter 9,7 milliards d’habitants d’ici à 2050 de sorte qu’il est urgent de transformer l’agriculture pour réduire la dégradation des zones humides.

Les changements climatiques touchent les zones humides plus vite qu’on ne l’avait prévu. L’élévation du niveau de la mer, l’érosion côtière et le blanchiment des coraux causé par l’augmentation des températures de surface de la mer ont de graves conséquences pour la biodiversité des zones humides et les services écosystémiques qu’elles procurent, tels que la production alimentaire, les moyens de subsistance et la protection du littoral.

Le rapport conclut que le risque climatique est considérable pour les zones humides méditerranéennes. Dans cette région, les effets du réchauffement climatique sont 20 % plus élevés que dans le reste du monde et se traduisent par une plus grande fréquence des vagues de chaleur, des tempêtes et des sécheresses. Selon les projections, d’ici à 2040, 250 millions de personnes pourraient vivre dans des conditions de stress hydrique et d’ici à 2100, le niveau de la mer, dans la région, montera de plus d’un mètre, menaçant un tiers de la population méditerranéenne.

Là dessus, les prévisions de la Convention sont plutôt sombres pour l’avenir. “Toutes ces menaces sur les terres et la biodiversité devraient se poursuivre ou s’aggraver dans de nombreux scénarios futurs, en réponse aux facteurs indirects comme la croissance rapide de la population humaine, la production et la consommation non durables et le développement technologique connexe.”

La sauvegarde des zones humides est une question de santé publique

La bonne santé de la population dépend aussi des zones humides bien gérées : “Le contrôle des maladies zoonotiques émergentes dépend de la préservation d’écosystèmes intacts et bien gérés et de la biodiversité locale. Adopter une approche écosystémique des zones humides peut avoir des avantages sanitaires pour tous. La dégradation des écosystèmes et le commerce insensé des espèces sauvages accroissent les risques de pandémies dévastatrices et les trois quarts des nouvelles maladies sont d’origine zoonotique”, peut-on lire dans ce rapport.

De plus, “les maladies liées à l’eau, comme les diarrhées infantiles, transportées dans les eaux insalubres, sont aussi favorisées par une mauvaise gestion des zones humides et tuent des millions de personnes chaque année“. La dégradation des zones humides met les vies humaines et les moyens d’existence en péril. Le rapport montre qu’une mauvaise gestion des zones humides aggrave la rareté de l’eau, le mauvais assainissement et les maladies liées à l’eau, contribuant à des millions de décès chaque année. Sachant qu’elles fournissent presque toute l’eau douce du monde, il est clair que la protection des zones humides et leur utilisation rationnelle sont d’importance critique pour le développement durable.

Les Nations unies s’engagent à restaurer 50 % des tourbières détruites d’ici 2030...

Les zones humides côtières, comme les mangroves, séquestrent le dioxyde de carbone 55 fois plus vite que les forêts tropicales. Les tourbières, qui recouvrent seulement 3 % de la surface mondiale, séquestrent 30 % du carbone présent sous terre. Les tourbières et les écosystèmes côtiers de carbone bleu (marais salés, mangroves, herbiers marins, etc.) en bon état sont des puits de carbone très efficaces mais s’ils sont dégradés, ils deviennent par contre d’importantes sources de gaz à effet de serre.

Les Parties à la Convention sur les zones humides se sont engagées à conserver toutes les zones humides et à les utiliser de façon rationnelle. À ce jour, près de 2500 sites sont inscrits sur la Liste des zones humides d’importance internationale et la Convention détient l’un des plus grands réseaux mondiaux d’aires protégées. Mais inscrire des sites à protéger ne suffit pas.

Le rapport propose de bonnes pratiques pour garantir l’utilisation rationnelle des zones humides aux niveaux national, régional et mondial, fondamentales pour empêcher toute nouvelle perte et dégradation. Il souligne l’importance d’assurer une meilleure intégration entre les secteurs de l’agriculture, du développement urbain et de la gestion des zones humides pour préserver les zones humides et leurs services vitaux pour la santé de l’humanité et de la planète.

Afin de mieux médiatiser l’importance des zones humides et d’inciter à leur protection et restauration partout dans le monde, l’Assemblée générale des Nations unies du 30 août 2021 a décidé de consacrer une Journée mondiale à ces écosystèmes. Ainsi, le 2 février de chaque année sera dorénavant la « Journée mondiale des zones humides ».

Par ailleurs, l’un des objectifs que s’est fixé l’Organisation des Nations unies est de restaurer 50 % des tourbières détruites d’ici 2030. En effet, les mangroves, les récifs coralliens et les algues marines jouent également le rôle de barrières qui atténuent la submersion des côtes en cas de tempête et tsunami. Sur terre, les tourbières, mares, rivières et points d’eau en général absorbent les excès d’eau en cas d’inondation et les retiennent en cas de sécheresse. Ces écosystèmes font partie de ce qu’on appelle les Solutions Fondées sur la Nature, note la Convention de Ramsar.

Les zones humides restent notre écosystème le plus précieux… 

À l’interface entre terre et eau, avec une eau dormante ou faiblement courante, les zones humides abritent une biodiversité unique car strictement inféodée à ces milieux. Les zones humides sont extrêmement utiles du point de vue des services qu’elles assurent : lorsqu’elles sont acides avec de basses températures, elles ont de grandes capacités de stockage du carbone. La productivité des rivières dépend fortement d’elles, car beaucoup de poissons s’y abritent, s’y nourrissent, ou viennent y frayer. Les zones humides sont aussi des stations d’épuration naturelles, qui purifient l’eau en dégradant les contaminants. Elles constituent des stocks d’eau qui permettent de réduire les déficits lors des sécheresses hydriques et elles atténuent les crues.

Marais, tourbières, prairies humides, lagunes, mangroves…, entre terre et eau, les milieux humides présentent de multiples facettes et se caractérisent par une biodiversité exceptionnelle. Ils abritent en effet de nombreuses espèces végétales et animales. Par leurs différentes fonctions, ils jouent un rôle primordial dans la régulation de la ressource en eau, l’épuration et la prévention des crues.

Malgré leur disparition généralisée, les zones humides restent notre écosystème le plus précieux. Les services qu’elles rendent sont sans égal en matière d’atténuation des effets climatiques et d’adaptation ainsi que de santé humaine et de la biodiversité, et ont été chiffrés à plus de 47 400 milliards de dollars par an.

S’agissant de piéger le carbone, les zones humides sont notre écosystème terrestre le plus efficace. Les zones humides côtières telles que les mangroves piègent le carbone à une vitesse 55 fois supérieure à celle des forêts tropicales humides. Les tourbières ne couvrent que 3 % de la superficie émergée de la Terre mais stockent 30 % de tout le carbone terrestre. Pour atteindre l’objectif de 1,5 °C de l’Accord de Paris sur le climat, nous devons, avant 2030, mettre un terme à toute nouvelle transformation ou à tout nouveau drainage des tourbières encore intactes et restaurer 50 % de toutes les tourbières perdues.

« Les zones humides offrent la solution encore inexploitée de lutte contre les crises du climat et de la biodiversité ayant le meilleur rendement. Il reste moins d’une année avant le renouvellement des Contributions déterminées au niveau national et l’adoption d’un nouveau cadre mondial de restauration de la biodiversité : il est vital, par le biais de ces deux programmes, de canaliser les objectifs, l’investissement et l’attention vers les zones humides » rappelle Martha Rojas Urrego, Secrétaire générale de la Convention sur les zones humides.

Léon Mukoko